« De quoi avons-nous peur ? » : Quand la justice devient l’ultime boussole de la République

« De quoi avons-nous peur ? » : Quand la justice devient l’ultime boussole de la République

Nous n’avons pas la prétention d’être parfait, loin s’en faut. Nous essayons tout simplement d’être juste, équilibré et courageux (à nos risques et périls) dans nos analyses, qui se veulent simples et compréhensibles par tous.

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Par Michel Ange Angouing, magistrat et ancien ministre
NDONKOL, le 18 janvier 2026


Contrairement à ce que certains avancent, nous ne sommes ni aigri, ni jaloux, et encore moins un pion de l’opposition infiltré dans le système. Nous tentons simplement, dans un environnement où la majorité refuse ou rejette la vérité, d’être vrai, franc et sincère.


Le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, a dit que tout le monde peut se tromper dans le feu de l’action. Il a ajouté que les erreurs, tout le monde peut en commettre. Nous en commettons sûrement, et nous prions tous ceux qui se donnent la peine de nous lire de bien vouloir nous le concéder.


À ceux qui se sentent indexés ou concernés, nous ne leur faisons pas querelle. Nous leur suggérons toutefois de regarder non pas notre doigt, mais la lune que nous leur montrons, dans l’intérêt supérieur de la Nation et leur propre intérêt. Mieux vaut tard que jamais.


Nous avons tous besoin, riches ou pauvres, de vivre dans la tranquillité, la sérénité, la décence, la sécurité et… la paix. Cela suppose que nous avons tous décidé de nous éloigner de tout comportement, toute attitude, toute action susceptible de compromettre ces valeurs fondamentales. Cela suppose aussi que lorsque nous avons posé des actes, nous devons accepter d’en assumer la responsabilité devant Dieu et devant les hommes.


Mais voyez-vous : nous commettons librement, parfois involontairement, des faits répréhensibles, et lorsque le gendarme ou le magistrat se pointe devant nous, le premier est jugé de méchant, le deuxième de mauvais, et nous, cet innocent dont on est jaloux.


Libertés incestueuses : l’économie nationale en péril


Le Président de la République nous a offert des plages de liberté, mais les libertés incestueuses que certains prennent ou ont prises avec la fortune publique (détournements et corruption) mettent à mal l’économie et l’épargne nationale et, plus grave, détériorent fortement et dangereusement le climat social.


Qui aujourd’hui peut dire qu’il n’entend pas les plaintes et les pleurs des populations face aux difficultés de la vie courante ? Qui peut prétendre ne pas entendre leurs prières pour la rupture et le changement ?


Ne dit-on pas que le bon sens (que nous n’avons pas encore perdu) est la chose du monde la mieux partagée ? Nous avons violé, avec violence, la vision politique du Président (rigueur, moralisation, démocratisation et développement) et devons en assumer les responsabilités.


La République, de notre point de vue, doit repartir sur de nouvelles bases avec des hommes et des femmes qui en défendent les valeurs. Des hommes et des femmes reconvertis, intègres, justes et compétents.


La justice doit-elle faire peur ?


Lorsque nous parcourons les différentes analyses sur la « situation de blocage » actuelle depuis la prestation de serment du Président élu, il ressort de manière récurrente que certains hauts responsables auraient peur d’affronter la justice demain au cas où ils venaient à perdre leurs postes et privilèges.


La question que nous nous posons, comme magistrat, est la suivante : la justice devrait-elle faire peur ?


Si oui, cela pourrait traduire que notre justice a perdu toute crédibilité. Qu’est-ce qui pourrait expliquer la crise de confiance entre la justice et les citoyens justiciables ? Chacun de nous a certainement sa petite idée sur la question. La justification que j’imagine bien est que nos prisons sont remplies « d’innocents » et, du coup, avoir à affronter la justice fait peur.


Mais retenons ceci :


Le magistrat, le bon magistrat, ne saurait condamner volontairement des personnes innocentes.


Le magistrat, le bon magistrat, exerçant dans un environnement salubre et serein, protège et rassure à travers ses décisions.


Le magistrat, le bon magistrat, sait que la liberté est la règle et la détention l’exception. Il sait que la première valeur fondamentale de l’homme après la vie, c’est la liberté.


Le magistrat, le bon magistrat, parce qu’il a prêté serment devant Dieu et devant les hommes, ne règle pas les comptes. Il sait que les dossiers de procédure ne sont pas des marchandises mais des affaires de l’État qu’il faut traiter avec objectivité et détachement.


Et les bons magistrats, notre société en compte encore, pour dire le droit et rendre justice sans crainte, ni rancune, ni faveur. C’est dire qu’un magistrat libre dans l’exercice de ses fonctions, dans une société libre et organisée, ne saurait jouer avec les libertés individuelles.


N’ayons pas peur


« Grandeur et Espérance », ce slogan de campagne du candidat Biya Paul, élu Président de la République, est une interpellation individuelle et collective forte pour reconstruire le patriotisme, la solidarité nationale, la consolidation de l’État de droit et de la démocratie, le respect de la fortune publique pour une meilleure répartition des fruits de la croissance, le vivre ensemble.


C’est la prééminence des valeurs républicaines sur les intérêts partisans et individuels.


« Grandeur et Espérance » signifient que le bonheur est une affaire de tous et de chacun, et que tous les citoyens ont le droit d’y aspirer.


« Grandeur et Espérance » impliquent le respect de la vie dans un environnement où chaque citoyen est heureux de travailler dans la paix pour la Patrie.


Union de prière pour la santé et pour la paix.
Michel Ange Angouing
Magistrat hors hiérarchie
Conseiller technique MINJUSTICE
Ancien ministre




What Are We Afraid Of?


By Michel Ange Angouing, magistrate and former minister
NDONKOL, January 18, 2026


We do not claim to be perfect, far from it. We simply try to be fair, balanced and courageous (at our own risk) in our analyses, which aim to be simple and understandable by everyone.


Contrary to what some say, we are not bitter or jealous, and certainly not an opposition pawn infiltrated into the system. We are simply trying, in an environment where the majority refuses or rejects the truth, to be truthful, frank and sincere.


The President of the Republic, His Excellency Paul Biya, said that everyone can make mistakes in the heat of action. He added that everyone can commit errors. We certainly make them, and we ask all those who take the time to read us to kindly acknowledge that.


To those who feel targeted or concerned, we are not seeking quarrel. However, we suggest that they look not at our finger but at the moon we are showing them, in the supreme interest of the nation and their own interest. Better late than never.


We all need, rich or poor, to live in tranquility, serenity, decency, security and… peace. This implies that we have all decided to distance ourselves from any behavior, attitude, or action likely to compromise these fundamental values. It also implies that when we have committed acts, we must accept responsibility before God and before men.


But you see: we freely commit, sometimes unintentionally, reprehensible acts, and when the gendarme or the magistrate appears before us, the former is judged as cruel, the latter as bad, and we as the innocent one that people envy.


Incestuous freedoms: the national economy at risk


The President of the Republic has granted us freedoms, but the incestuous freedoms that some take or have taken with public wealth (embezzlement and corruption) undermine the economy and national savings and, more seriously, severely and dangerously deteriorate the social climate.


Who today can say they do not hear the complaints and cries of the population facing daily hardships? Who can claim not to hear their prayers for change and rupture?


Is it not said that common sense (which we have not yet lost) is the most shared thing in the world? We have violently violated the President’s political vision (rigor, moralization, democratization and development) and must assume responsibility.


From our perspective, the Republic must restart on new foundations with men and women who defend its values. Reformed, upright, just and competent men and women.


Should justice be feared?


When we review various analyses of the current “deadlock” since the President’s swearing-in, it repeatedly emerges that some senior officials fear facing justice tomorrow if they lose their positions and privileges.


As magistrates, we ask: should justice be feared?


If yes, this could mean that our justice system has lost all credibility. What could explain the crisis of confidence between justice and citizens? Each of us likely has an idea. The justification I imagine is that our prisons are filled with “innocents,” and thus facing justice is frightening.


But let us retain this:


A good magistrate cannot knowingly convict innocent people.


A good magistrate, operating in a healthy and serene environment, protects and reassures through his decisions.


A good magistrate knows that freedom is the rule and detention the exception. He knows that the first fundamental value of man after life is liberty.


A good magistrate, having sworn before God and men, does not settle scores. He knows that legal files are not commodities but state matters to be handled with objectivity and detachment.


And our society still has good magistrates who pronounce the law and deliver justice without fear, resentment or favor. Thus, a magistrate free in the exercise of his functions, in a free and organized society, cannot play with individual liberties.


Let us not be afraid


“Greatness and Hope,” the campaign slogan of candidate Paul Biya, elected President of the Republic, is a strong individual and collective call to rebuild patriotism, national solidarity, the consolidation of the rule of law and democracy, respect for public wealth for a better distribution of growth, and social cohesion.


It is the supremacy of republican values over partisan and individual interests.


“Greatness and Hope” means that happiness is everyone’s business, and that all citizens have the right to aspire to it.


“Greatness and Hope” implies respect for life in an environment where every citizen is happy to work in peace for the homeland.


Union of prayer for health and peace.
Michel Ange Angouing
Magistrate out of hierarchy
Technical Advisor, Ministry of Justice
Former minister


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